Retour sur la Learning Expedition à Quebec des référents régionaux du LearningLab Network

Dans le cadre d’un voyage d’étude à Québec, les référents régionaux découvrent de l’autre côté de l’Atlantique de quelle façon le design spatial et les technologies servent les apprentissages. Les objectifs de ce voyage d’étude sont de concevoir et tester des outils d’observation et d’analyse mesurant l’impact du design spatial en lien avec le design pédagogique dans le but de concevoir et améliorer les espaces d’apprentissages, en collaboration avec le réseau de la Fabrique Pédagogique, porté par la COMUE d’Aquitaine, et l’Université de Bordeaux. Le programme de cette semaine de travail a facilité les échanges grâce à l’alternance d’ateliers, de visites et de rencontres avec des experts de l’université Laval dans plusieurs domaines tels que les espaces d’apprentissage, le design, l’appui à la réussite des étudiants.

C’est dans ce cadre que nous vous partageons nos découvertes et apprentissages.

A l’université Laval, le campus accueille plus de 45 000 étudiants pour étudier, pratiquer des sports de glisse, natation…, magasiner… comme on dit si bien à Québec. Le principe qu’elle défend est que la réussite de l’étudiant passe par l’accomplissement de soi. L’université compte 60 conseillers pédagogiques pour environ 3000 enseignants. Ces chiffres sont révélateurs de l’effort fourni par l’établissement pour accompagner la montée en compétences de ses enseignants en pédagogie.

Durant un semestre, chaque étudiant peut suivre jusqu’à 5 cours maximum selon plusieurs modalités qui démontrent la flexibilisation du parcours de l’étudiant :

  • Mode campus
  • Mode à distance synchrone et asynchrone
  • Mode hybride qui représente le moins d’abandon
  • Co-modalité : changement de mode pour un même enseignement

Didier Paquelin, Professeur et Directeur des programmes en technologie éducative à Laval nous accompagne pour nous nourrir dans notre étude «Analyser pour concevoir et améliorer le design spatial ». A l’université Laval, penser design dans le champ de la formation a pour finalité de favoriser l’autonomie, l’émancipation des étudiants. Transformer les espaces n’est pas une fin en soi mais doit être étudié avec une approche globale intégrant à la fois les lieux formels, informels et les tiers-lieux. En effet, plus les apprentissages s’intègrent dans une variété de lieux personnalisés propres ou externes à l’établissement, meilleur sera le bien-être des étudiants, et plus efficace sera leur apprentissage.

Ce document n’est pas exhaustif mais présente quelques principes de base présentés par Didier Paquelin, Steve Vachon (Directeur adjoint au Développement pédagogique) et Johanne Brochu (professeur de Design) ainsi que nos observations.

Principes de base d’observation et d’analyse d’un espace

Voici quelques conseils et repères avant de s’attacher à l’observation des espaces.

  • Observer un espace à différentes échelles

L’approche design est une philosophie, une manière de vivre à différentes échelles, « de la cuillère à la ville »[1]. Elle invite à observer de manière globale la fréquentation des lieux, les flux de passages, les temps d’affluence, la qualité de l’expérience, la capacité à s’approprier l’espace, le confort et l’esthétisme … avant de s’attacher à un lieu en particulier. Le regard doit être global, il est important de ne pas dissocier les éléments, mais bien d’en comprendre chaque unité et leurs relations.  Après cette première phase d’imprégnation, de découverte, de formalisation des ressentis, une approche plus fonctionnaliste fait ressortir une ou quelques  dimensions parmi l’ensemble étudié.

  • Croiser les regards

L’espace est fréquenté par différentes populations, à différents moments de la journée, de la semaine, de la session, qui ont chacune un angle de vue qui leur est propre. Ainsi le regard d’un enseignant sera différent de celui d’un apprenant, ou bien encore d’une personne en charge de l’entretien. Mais n’oublions pas que d’autres seront amenés à fréquenter les lieux: ainsi par exemple les équipes TICE, les accompagnateurs pédagogiques,  le public externe,… autant de regards qu’il convient de considérer dans une approche inclusive et expérientielle. Chaque acteur a son propre vécu spatial qui diffère, qui le construit et qu’il construit.

Chacun peut apporter une touche qui permet de faire de l’espace un lieu d’apprentissage, un lieu de socialisation, de loisir… inséré dans un ensemble qui répond aux notions d’expérience et de bien être.

 

Reconnaître à chacun ses attentes, ses besoins, son vécu, et faire preuve de bienveillance et d’écoute sont des facteurs importants de réussite.

  • Reconnaître ses a priori

Lorsque l’on s’intéresse à l’étude des espaces, un des prérequis est de reconnaître ses a priori et si possible de s’en émanciper, voire de s’en affranchir. Avant tout projet de transformation, il importe de s’imprégner des espaces pour avoir un regard plus objectif, analyser et éclairer sa réflexion.

Par exemple, cette salle dispose d’un vestiaire, au premier abord, ce n’est pas très esthétique… mais est-il utilisé ?

Casser ses a priori permet aussi d’ouvrir les possibles, comme le souligne Didier « repenser l’espace au lieu de le recréer ! »

  • Réfléchir l’interdépendance des espaces, activités et technologies

Pour tout lieu d’apprentissage, la configuration d’un espace répond à des intentions pédagogiques où les technologies viennent en appui des activités proposées. Il est essentiel d’être explicite dans les fonctions des espaces afin que ceux-ci soient alignés avec le dispositif pédagogique.

A l’université Laval, la diversification des aménagements des espaces répond à des apprentissages variés. L’observation et l’analyse de ce triptyque interdépendant que nous présente Didier Paquelin permet de repérer les éléments moteurs favorisant l’engagement social, comportemental et cognitif des étudiants.

Aménagement des espaces

Plusieurs enjeux sont à prendre en considération pour l’aménagement des espaces notamment l’équité du vécu de l’expérience pédagogique. L’enjeu ici est de créer un climat de confiance et de bien-être comme valeur qui transcende toutes les activités qui auront lieu dans l’espace en question. L’aménagement des espaces implique donc une réflexion autour de leur appropriation par les usagers dans une approche « expérience étudiant ».

Concernant les espaces formels d’enseignement et d’apprentissage, les principes de l’apprendre et des rythmes d’apprentissage sont à prendre en compte pour définir le cahier des charges. La réflexion préalable à l’élaboration de ce cahier des charges devrait également tenir compte du principe de l’alignement pédagogique et définir l’ensemble de scénarios pédagogiques qui peuvent se vivre dans l’espace en question. Steve Vachon recommande de sortir de la salle de classe pour l’envisager au niveau du pavillon et du campus. L’intention pédagogique n’est que la partie visible de l’Iceberg. Plusieurs autres points sont à considérer lors d’un tel projet notamment des spécificités disciplinaires, diversité des préférences, budget, projets en parallèle, …

Selon Didier Paquelin, la conception d’un nouvel espace nécessite une dynamique transitionnelle. Une dynamique qui sécurise la prise de risque du changement, favorise la créativité et anticipe les conditions de la sortie du statut expérimental du projet. Il alerte sur le risque de créer un “ghetto” de l’innovation d’où la nécessité de prendre en compte l’expérience utilisateur en amont. Les services d’accompagnement ont un rôle important à jouer dès la phase d’analyse des besoins, en concertation étroite avec l’ensemble des acteurs concernés par un tel projet.

Côté design, Johanne Brochu recommande de commencer par une lecture des lieux pour informer le projet et définir ses modalités de concrétisation.

Observation des espaces

Comme indiqué plus haut, il existe une diversification des espaces formels et non formels au sein de l’université.

La flexibilité des espaces n’est donc pas une fin; celle-ci doit être prise en compte avec modération car elle peut engendrer plus de contraintes que d’avantages. En effet, la flexibilisation des espaces peut engendrer beaucoup de frustration. Elle suppose du temps pour aménager le mobilier, un nombre de personnes plus réduit dans certaines configurations, de l’espace pour se déplacer entre les îlots par exemple, voir des espaces pour stocker le mobilier en trop…

Voici quelques espaces d’apprentissages observés lors de cette semaine :

  • Les amphis adaptés à l’apprentissage de type « learning by listening »

Avec des modèles en U et 3 paliers.

  • Des salles dédiées aux enseignements co-modaux

Ici les étudiants peuvent suivre à la fois en présentiel ou à distance un enseignement. Système de visio-conférence, micros et caméras équipent la salle de manière à faciliter l’immersion des étudiants et de l’enseignant quel que soit le lieu où ils se trouvent.

  • Des salles de co-working adaptées à l’apprentissage par projet,
  • Des espaces non formels pour travailler seul ou en groupe,
  • Des salles spécifiques métiers. Par exemple, pour apprendre le métier de professeur des écoles, ou encore mise en situation dans une salle des marchés.

  • Quant aux espaces non-formels, on les retrouve surtout dans les axes de passages: couloirs,  patios, cafétéria…

Accompagnement au changement de posture

Le design spatial est un levier dans l’accompagnement au changement des pratiques d’enseignement et d’apprentissage. L’attribution des salles de cours n’est pas faite de manière aléatoire. A Laval, le système de réservation prend en compte le nombre d’étudiants et les intentions pédagogiques de la séance. En effet, selon les modalités pédagogiques définies par l’enseignant dans son syllabus, le système d’information propose plusieurs salles répondant au mieux aux intentions pédagogiques de sa séance de cours.

Par ailleurs, les 60 conseillers(ères) pédagogiques (CP) travaillent à l’université Laval pour accompagner ses 3200 enseignants dans l’appropriation des espaces et l’adaptation de leurs postures selon leurs  intentions pédagogiques et les objectifs d’apprentissages visés.

Chaque enseignant est invité à consulter un CP pour développer son projet pédagogique, sans pour autant qu’il y ait un caractère obligatoire.

Les observations et études réalisées cette semaine aboutiront à un livrable commun en cours de réalisation présentant la démarche et les outils d’analyse proposés pour repenser le design spatial au service de l’apprentissage. Ce livrable sous forme de livre blanc ou de cahier méthodologique sera présenté lors du colloque du Learning Lab Network en mai 2019.

[1] Célèbre phrase de Max Bill reprise notamment par Ernesto Nathan Rogers, architecte et journaliste.

Article co-écrit par Eliane Vacheret – Audencia Business School, Jonas Braun – Université de Strasbourg, Saida Mraihi – Arts & Métiers ParisTech, Valérie Garaguel – Université de d’Aix-Marseille, Thierry Sobanski – Université Catholique de Lille, Sophie Guichard – Université de Bordeaux, Pascal Van Grunderbeeck – Université Catholique de Louvain, Jeanine Berthier – Université de Caen

*sources:

Radcliffe, D., Wilson H., Powell D., Tibetts, B. (2009), Space. Learning Spaces in Higher Education : Positives Outcomes by Design – The University of Queensland Brisbane, 2009. [En ligne],http://openarc.co.za/sites/default/files/Attachments/UQ%20Next%20Generation%20Book.pdf

Paquelin, D. (2015), « Nouveau design pédagogique, nouveau design spatial » in F.Kohler et K. Dib (Coord.) Campus d’avenir – Concevoir des espaces de formation à l’heure du numérique, 2015. http://cache.media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/2015/57/7/guide_campus-2015_401577.pdf